En quête de légitimité, la commission Bensalah veut ressusciter le MCB.

Dos au mur après le refus des partis de l’opposition de participer aux consultations, la commission Bensalah  chargée de recueillir les suggestions et les propositions des partis politiques pour la révision de la loi fondamentale du pays, aurait selon des sources généralement bien informées pris langue de façon informelle avec les ténors du défunt MCB. Outre Mokrane Ait Larbi et Said Khellil, des émissaires chargés par le général Touati  auraient également proposé à Djamel Zenati, Said Hamdani ainsi qu’à d’autres militants du mouvement d’avril 80 de prendre part à ces consultations. Toutefois, ajoutent encore nos sources, les animateurs du défunt MCB ont refroidi les ardeurs du général en s’alignant tous et à l’unanimité sur les positions du chef charismatique de l’opposition algérienne H Ait Ahmed ainsi que sur celles adoptées par le RCD et le MDS. « Il est hors de question pour moi de prendre part à cette « mahzala » initiée par un général qui a commandité de surcroît avec le général L Belkheir l’exécution du MCB », dira l’une des personnes contactée par la commission. Toujours selon nos sources, le frère de  Bouteflika, en l’occurrence Said qui a élu domicile des semaines à Tizi ouzou tente de relooker les aarouchs  en vue de les faire asseoir à la table de la commission Bensalah. Par ailleurs, la même démarche aurait été initiée pour toucher certains dirigeants et cadres du FIS (dissous). Ces derniers, selon nos sources, ont décliné l’offre du général.

le FFS à la rencontre de la société civile a oran et relizane

Benbelkacem Belkacem et  Nassim Sadeg respectivement secrétaire national à l’organique et des adhésions et secrétaire national à la mobilisation et aux suivi des fédérations du Front des Forces Socialistes (FFS) ont organisé samedi 18 juin deux rencontres de proximité dans deux  willayas  de l’ouest du pays: Relizane et Oran.

A Relizane, les deux dirigeants du FFS ont rencontré des citoyens du chef-lieu de la wilaya. Des étudiants, des syndicalistes de l’enseignement secondaire, des femmes, ont assisté à la rencontre.

Les intervenants qui semblaient très au fait des revendications et des positions du FFS, ont émis le vœu d’adhérer au parti tout en évoquant les difficultés qu’ils rencontrent quotidiennement dans leur lutte. Ils ont dénoncé au passage la marginalisation de leur wilaya par les autorités politiques du pays.

Pour leur part, les responsables du FFS ont souligné l’importance des quatre chantiers lancés par le parti notamment ceux liés à la femme, les jeunesse, les travailleurs, et le développement du parti.

Dans la wilaya d’Oran, les responsables du FFS ont rencontré des membres de la société civile dont des universitaires, des avocats et des représentants d’associassions culturelles et sportives. Les membres présents ont fait un exposé sur la situation sociale qui prévaut dans la wilaya. 

Mohamed Harbi :«Les archives de la guerre de Libération sont explosives»

L’éminent historien Mohamed Harbi revient, dans cet entretien, sur les récentes controverses suscitées par les déclarations polémiques d’acteurs du mouvement national et livre quelques vérités cinglantes. D’après lui, l’attaque de la poste d’Oran est l’œuvre d’Aït Ahmed, Boudiaf a réussi l’organisation du 1er Novembre, et l’attitude de Yacef Saâdi à l’égard de Louisette Ighilahriz «n’est ni sérieuse ni noble.» Harbi affirme que Boussouf n’endosse pas seul l’assassinat de Abane Ramdane, et qu’on a exagéré son rôle ainsi que celui du MALG. Il révèle, par ailleurs, que «Krim a projeté d’assassiner Bentobal» en prévenant que les archives de 2012 «sont terribles et explosives.» l Alors qu’il évalue les harkis et goumiers à environ 100 000 hommes, l’historien estime à quelque 50 000, les victimes algériennes des bavures du FLN/ALN, dont nombre de militants nationalistes authentiques. Pour Mohamed Harbi, « la société algérienne est une société de surveillance mutuelle ». Il considère que les tabous, liés aux juifs d’Algérie, aux harkis et aux pieds-noirs, en se gardant de les traiter, ont fait le lit de l’islamisme. Préconisant une déconstruction de la pensée nationaliste, il estime que la question identitaire et celle de l’autoritarisme sont deux problèmes majeurs qu’il est impératif de dépasser pour aller vers une Algérie nouvelle et apaisée.  

- Si vous le permettez, M. Harbi, nous aimerions articuler cette interview autour de quelques «noms-clés» en rapport avec l’histoire du Mouvement national. Et le premier qui nous vient à l’esprit, en l’occurrence, est Ahmed Ben Bella qui a défrayé la chronique ces derniers jours suite à ses récentes déclarations à Jeune Afrique. D’abord, comment l’avez-vous rencontré ?
Je l’ai rencontré pour la première fois au moment de la discussion du programme de Tripoli. A ce moment-là, j’ai pu, plus ou moins, voir ce qu’était l’homme dans ses idées. Il faut noter qu’avant cela, il était en prison depuis 1956. Et dans ses idées, il y avait incontestablement chez lui un véritable amour du monde rural. En même temps, il y avait chez lui un aspect qui relève de l’éducation politique de toute une génération, à savoir l’attachement à un nationalisme de type autoritaire.
Pour en venir à des faits précis comme l’attaque de la poste d’Oran en avril 1949, Ben Bella affirme qu’il était l’artisan de cette attaque. Selon vous, qui d’Aït Ahmed, qui était le successeur de Belouizdad à la tête de l’OS, ou de Ben Bella qui, comme vous le précisez dans vos livres, a pris en main cette organisation à partir de janvier 1949, est le véritable instigateur de cette opération fondatrice ?
Personnellement, je pense que les éléments concrets ressortaient de l’organisation locale. Mais les projets (la planification des opérations, ndlr) étaient incontestablement du ressort de la direction centrale, donc d’Aït
Ahmed. Je pense que compte tenu du fonctionnement de l’Organisation, le rôle d’Aït Ahmed a été très important.
- Et quand il dit de Boudiaf qu’il était «zéro sur le plan militaire», vous pensez que c’est une vérité ou bien une méchanceté ?

 

«Zéro sur le plan militaire», il n’y a pas eu d’expérience de type militaire qui permet d’en juger… Boudiaf était le responsable de l’OS dans le Constantinois. C’est un membre de l’Organisation qui était assez conséquent, on l’a bien vu. Même si le 1er Novembre a été organisé dans la précipitation et l’improvisation, il l’a organisé.
- Quand des acteurs de l’histoire comme dans ce cas précis nous font des révélations de cette nature, vous, en tant qu’historien, comment les prenez-nous : pour argent comptant ? Avec des pincettes ?
Je ne peux pas prendre pour argent comptant le témoignage d’un acteur. On est obligé de se pencher sur les archives quand on en trouve, ce qui est rare pour une organisation qui a été clandestine. Sinon, on procède à des recoupements des témoignages des acteurs.
Indépendamment de cela, vous avez des interrogations propres à partir de ces témoignages et aussi de la connaissance des acteurs. Il faut dire que ces affaires sont remontées à la surface dans des moments de crise où chacun cherchait à imposer son image propre. Et je crois qu’en Algérie, beaucoup de choses se passent comme ça. Les gens sont plus préoccupés de soigner leur image que par le souci de la vérité.
- Un autre nom nous vient à l’esprit, celui d’une grande moudjahida : Louisette Ighilahriz, qui a eu à affronter seule ses tortionnaires lors des procès qui l’ont opposée au général Schmitt et consorts, sans le moindre soutien de l’Etat algérien. C’est une femme extrêmement courageuse qui a été profondément blessée par des allégations prêtées à Yacef Saâdi qui aurait mis en doute son combat. Que pouvez-vous nous dire sur cette immense résistante ?
Louisette Ighilahriz est une combattante, il n’y a aucun doute là-dessus, et Yacef Saâdi ne pouvait pas ignorer son rôle puisqu’il était un allié de la famille Ighilahriz. Je suppose qu’il y a autre chose qui l’a guidé. De toute manière, ce n’est ni sérieux ni noble.
- Du point de vue de l’écriture de l’histoire de la guerre de Libération nationale, pensez-vous que la participation des femmes est suffisamment mise en valeur ?
Non, ce n’est pas le cas. Il y a une chose fondamentale qu’il convient de souligner à ce propos, c’est que les femmes sont venues à la rencontre du FLN, mais quand le FLN est allé à leur rencontre, il ne les voyait que comme infrastructure dans l’organisation. Il ne les voyait pas dans des rôles politiques et des directions politiques. Alors que le premier bulletin du FLN s’appelait Résistance, on l’a enlevé pour mettre El Moudjahid. Ça veut tout dire. Le souci du FLN, c’était d’avoir des troupes. Or, la sensibilité des troupes était incontestablement machiste et patriarcale.
- Selon vous, ces controverses soulevées par des déclarations polémiques qui sont le fait d’acteurs de la Révolution font-elles avancer l’historiographie de la guerre de Libération nationale ? Est-ce quelque chose de productif ou de contre-productif pour l’historien ?
C’est de la lave en fusion. Et à mon avis, c’est quelque chose qui ajoute au désarroi et au manque de repères de la population dans son ensemble. Qui plus est, cela discrédite la politique, surtout que cela intervient dans une atmosphère d’impasse et d’échec, et donc on a tendance à dévaloriser la révolution.
- M. Harbi, en 2012, on annonce l’ouverture d’une partie des archives françaises liées à la guerre de Libération nationale. D’aucuns y voient une opportunité pour apporter un éclairage décisif sur certaines zones d’ombre de la guerre d’indépendance. Comment appréhendez-vous ces archives ?
Il y a certainement des archives qui pourraient s’avérer fort pertinentes. Il y a par exemple le bulletin de renseignement et de documentation qu’établissait le MALG. Bien sûr, il glorifie le FLN mais il fournit une foule d’indications sur l’état d’esprit de la population, et ce bulletin ne laisse aucune impression d’unanimisme des Algériens.
- Quel genre de renseignements livraient ces bulletins ?
Par exemple des renseignements sur la conduite des populations, leur rapport au FLN, leur rapport à la France. Je dis bien c’est le bulletin du FLN, donc tout est à la gloire du FLN. Toujours est-il qu’à travers ces descriptions, si un historien s’empare de ces documents, il va donner une autre idée de l’opinion algérienne face au FLN. En tout cas, je pense que ces archives sont explosives. Moi, j’ai été au ministère des Forces armées comme conseiller de Krim
Belkacem, et je peux vous dire que les dossiers sont terribles. Le rapport à la population n’est pas du tout ce qu’on dit. Ce sont des archives qui donnent une idée tout à fait différente de la révolution.
- Vous-même, en votre qualité d’historien, comptez-vous les exploiter ?
Je ne sais pas. A 78 ans, je ne sais pas si j’aurai la force de continuer longtemps. Je pourrais travailler peut-être sur un ou deux sujets, mais je n’ai plus la même force.
- On vous souhaite beaucoup de santé et de vigueur M. Harbi pour mener à bien cette entreprise…
Si je peux aider, pourquoi pas ? D’ailleurs, c’est ce que je fais maintenant. J’aide les jeunes chercheurs à travailler sur les archives, notamment en France.
- Quelles sont les précautions méthodologiques que vous préconisez à l’attention des jeunes chercheurs ?
Le vrai problème, aujourd’hui, c’est que les gens s’intéressent beaucoup plus aux forces politiques indépendamment de la société. Or, si vous n’avez pas une connaissance précise de la société, vous ne pouvez pas étudier sérieusement les forces politiques en présence.
C’est quelque chose de capital. Le va-et-vient entre les deux est fondamental. Ça c’est la première chose. La deuxième, c’est que les chercheurs formés en Algérie, je le vois très bien, n’ont pas une bonne culture historique. Ils n’ont pas connaissance de tous les débats sur la méthode et tout ce qui à trait à l’analyse des documents, la capacité de maîtriser le matériau et d’en tirer la matière de l’histoire.
- Ne pensez-vous pas, justement, que c’est quelque chose, pour le moins paradoxale de voir d’un côté la grandeur et la complexité de notre Révolution, et de l’autre, l’indigence de l’appareil académique, universitaire, censé en assurer l’étude et la transmission ?
Je vais vous dire franchement mon opinion : le pouvoir qui est là depuis 1962 n’a aucun intérêt à ce que l’histoire devienne la matrice d’une reconstruction du pays. Je me souviens quand j’étais à Révolution Africaine, j’avais publié un document sur la Fédération de France du FLN. Il y a eu tout de suite une réaction du ministre de la Défense (Boumediène, ndlr) et des pressions sur Ben Bella pour dire «cette histoire, on n’en parle plus.»
- Est-ce que vous avez foi dans les jeunes historiens formés en Algérie ?
Il y a quelques-uns qui sont remarquables, mais malheureusement, ils restent à l’étranger. Et ceux qui rentrent ici, je ne donnerai pas de noms, mais…il y en a un ou deux qui sont vraiment remarquables, qui sont capables de faire de grands historiens. Les autres, ils sont en train d’ahaner pour avoir des postes parce qu’il faut faire valider son diplôme universitaire acquis à l’étranger. C’est une manière d’avoir des historiens destinés à produire une histoire officielle.
- L’un des enjeux des relations algéro-françaises est l’écriture de l’histoire de la guerre d’Algérie. Or, nous avons l’impression que là-bas il y a une armée d’historiens, de chercheurs pour accomplir cette tâche, tandis que de ce côté-ci, il y a peu de gens de métier, comme vous le soulignez, qui font le poids. Comment parer à ce déséquilibre ?
Ce qui est certain, c’est que nous ne pouvons pas envisager notre rapport avec les historiens français comme une compétition, mais comme un échange pour équilibrer des regards.
- Comment, lorsqu’on est soi-même acteur et témoin de l’histoire, peut-on en être également le fidèle rapporteur ?
Je vais vous dire comment ils ont procédé en France. Tous les grands acteurs sont passés par des instituts pour livrer leurs témoignages devant des historiens qui ont étudié la période concernée. Et ces témoignages sont dûment emmagasinés dans des archives.
- Cela nous fait penser aux psychanalystes qui doivent se faire analyser par leurs pairs avant de pouvoir exercer…
Tout à fait ! En France, tous les acteurs militaires ont donné leurs témoignages aux historiens. Chez nous, cela se passe autrement. J’ai chez moi plus de 123 ouvrages algériens de témoignages. Ce n’est pas satisfaisant, parce que les gens ne parlent pas de la réalité culturelle, de la réalité sociale, de la stratégie des acteurs. Ils parlent de faits, comme ça… Il faut dire que chez les acteurs de la révolution algérienne, la véritable culture était plutôt rare. Partant de là, ils ne peuvent revoir et vivre d’une autre manière leur expérience qu’à travers le regard de gens du métier. L’histoire, c’est aussi un métier.
- Les choses sont-elles claires dans votre esprit, entre le Harbi historien et le Harbi acteur de l’histoire ?
Il y a nécessairement un aspect subjectif dans cette affaire. Mais cet aspect subjectif, ce n’est pas à moi de le découvrir. Cela incombe aux lecteurs mais aussi à mes collègues historiens. De toute manière, je travaille avec la méthode historique, et donc je soumets tout ce que je fais à la critique historique. Je peux affirmer que j’ai au moins un minimum de distance à l’égard de mon expérience propre. Seulement, je ne suis pas garant de tout. J’ai mes rapports personnels avec les hommes, j’ai des côtés subjectifs, mais je pense que ce côté subjectif n’a pas réussi à prendre le dessus dans mon travail. En tous les cas, les lecteurs aviseront.
- Je reviens à cet enjeu que certains appellent «guerre des mémoires» ou «guerre des récits», même si le mot guerre est très chargé. Peut-on imaginer une écriture de l’histoire qui soit apaisée, dépassionnée, froide, voire «à quatre mains» ?
On ne peut pas appeler cela «guerre des mémoires». Aujourd’hui, le vrai problème, c’est l’histoire. Il y a guerre des mémoires parce qu’il y a des forces politiques des deux côtés qui instrumentalisent l’histoire pour perpétuer un combat. Du côté français, les vaincus de la guerre d’indépendance sont encore nombreux. Ils sont dans des partis, ils ont des comptes à régler. Et, effectivement, on peut parler à leur sujet plus de mémoire que d’histoire.
Du côté algérien, il y a des mouvements qui connaissent des phases sensibles d’essoufflement, il y a des gens qui n’ont plus rien à dire, et qui pensent que c’est un trésor inépuisable pour essayer de solidifier une nation, qu’ils n’arrivent pas à solidifier autrement.
Si des gens actuellement passent leur temps à ânonner sur le passé, c’est uniquement dans cette perspective. La mémoire et le présent, c’est un gros problème. Le présent n’est pas un présent d’affirmation du respect de l’individu, et la mémoire, elle, rappelle un passé de non-respect de l’individu. Alors, si on veut vraiment convoquer l’histoire pour créer un esprit civique, il faut commencer par respecter l’individu en faisant en sorte que la mémoire d’avant serve de catalyseur, sinon, ce n’est pas la peine.
- Lors du colloque organisé récemment en hommage à Claudine Chaulet, vous avez rapporté ce fait révélateur, à savoir que sous le PPA la notion d’individu n’existait pas, et qu’il était par exemple inimaginable de se représenter un Algérien boire une bière dans la conception identitaire du PPA…
Publiquement non, comme dans toutes les sociétés musulmanes qui vivent sous le signe de la schizophrénie. Vous pouvez tout faire si on ne vous voit pas. Mais, officiellement, un militant nationaliste ne buvait pas, était censé ne pas boire, et les mœurs des gens étaient sous surveillance. Ce sont des choses qu’on ne veut pas voir de près. Nous sommes des sociétés de surveillance mutuelle. Avant, la surveillance était une institution, c’était la «hissba». Le problème, c’est qu’avec la colonisation cette institution a disparu. Du coup, la surveillance est devenue l’affaire de chacun, et elle est beaucoup plus pernicieuse que s’il y avait une institution comme telle.
- Vous avez souvent souligné la prépondérance du religieux comme référent identitaire dominant au détriment de la diversité raciale, religieuse et culturelle, qui caractérisait notre pays. Pensez-vous que cela constitue un facteur bloquant qui nous empêche d’aller vers la modernité culturelle et politique ?
Tout à fait ! Si le FIS a été ce qu’il a été, il ne le doit pas à la capacité de ses chefs mais précisément à cet élément. Il faut s’avouer que nous sommes une société fermée. Nous avons un système éducatif de type conservateur et patriarcal. D’ailleurs, je suis effrayé par la haine que les gens ont pour les femmes. C’est incroyable !
Ce n’est pas simplement de la haine, c’est de la peur. Je vois pas mal de femmes, des chercheuses surtout, qui sont tout à fait exceptionnelles, et dès le mariage, elles ont des problèmes. Elles sont confrontées à un dilemme : soit, c’est le sacrifice du métier, soit c’est la rupture. Et si vous faites une recherche statistique, vous verrez que pas mal d’universitaires de haut niveau sont des femmes seules.
- A votre avis, un travail de déconstruction de la pensée nationaliste telle qu’elle a prévalu jusqu’à aujourd’hui est-il nécessaire pour ériger une Algérie nouvelle ?
Actuellement, l’Algérie est confrontée à deux problèmes : d’abord, la déconstruction de cette pensée à partir de l’idée d’une société multiculturelle et multiethnique, parce que la question de l’ethnicité est un vrai problème. On a beau le cacher, c’est un vrai problème. La deuxième question, c’est le problème de l’autoritarisme. L’Algérie transpire l’autoritarisme par tous ses pores. On parle du pouvoir, mais si vous voyez la vie des partis, elle n’est pas fondamentalement différente. Il faut revenir aux fondements de l’autoritarisme, et quand vous analysez ces fondements, force est de constater la nature des rapports familiaux et le poids du patriarcat. Ce n’est pas un hasard si ce modèle-là, vous le retrouvez dans le système éducatif d’une façon très forte. C’est tout cela qui fait que notre société soit très conservatrice.

- Vous avez cité un mot-clé : «surveillance». Vous avez parlé de cette fiche mystérieuse du MALG qui épie la population, et tout cela me renvoie à un autre «nom-clé» : Abdelhafidh Boussouf. D’aucuns ont fini par le mystifier tellement il cultivait le mystère. On le dépeint généralement comme un personnage intrigant qui était derrière tous les coups tordus. Est-ce que vous l’avez connu personnellement ?
Je le connaissais très bien puisqu’il était dans la daïra de Skikda. Mais il était originaire de Mila. C’était un cadre de qualité. Je dis d’ailleurs dans mes mémoires que c’est lui qui m’avait recommandé le Que faire ? de Lénine quand j’étais au lycée. C’était un bon organisateur. Mais il était très suspicieux, il était aussi répressif. Néanmoins, je pense qu’on a exagéré les choses à son sujet. Il faut savoir que tous les accords portant sur le renseignement, conclus avec d’autres pays, étaient traités par le GPRA. C’est le gouvernement qui décidait. Il avait une puissance au sein du gouvernement, certes, mais il ne faisait pas ce qu’il voulait.
- Quand on le présente comme «l’ancêtre de la police politique et du DRS», vous pensez que c’est exagéré ?
Il se trouve que les instruments qu’il a forgés sont passés, par la suite, au ministère de la Défense. Mais, avant, ce n’étaient pas eux qui contrôlaient (les cadres du ministère des Forces armées, ndlr). Ils ne contrôlaient rien. C’était un peu comme dans le système français : les grands commis de l’Etat, on veut bien s’assurer qu’ils n’ont pas d’antenne avec l’étranger, des trucs comme ça, ce n’était pas plus.
- Pourtant, il y a ce fait gravissime qu’on lui impute, celui d’avoir assassiné Abane Ramdane à Tétouan et d’avoir pris tout seul la responsabilité de le liquider…
Tout seul, je ne dirais pas cela. Qu’il ait une part de responsabilité dans cette affaire, c’est sûr.  Seulement, il y a un point d’interrogation sur cette question. Quand ils ont examiné le cas Abane, Ouamrane, Krim, Mahmoud Chérif et Boussouf étaient pour son exécution.
- Et Bentobal était contre…
Bentobal était effectivement contre. Or, il fallait un consensus. Ils ont opté alors pour son emprisonnement, mais pas en Tunisie parce que là-bas, c’était dangereux. Donc, ils l’ont emmené au Maroc sous prétexte qu’il y avait des différends qu’il fallait régler avec le sultan Mohamed V. Abane était accompagné de Krim Belkacem et Mahmoud Chérif. Une fois au Maroc, il a été assassiné. Moi, je ne peux pas répondre aussi affirmativement à la question. Krim dit «ce n’est pas moi, c’est
Boussouf.» Mahmoud Chérif dit «ce n’est pas moi, c’est Boussouf.» Moi, je ne peux pas le dire, je n’étais pas là, il n’y a pas de preuves.
- Dans le livre de Khalfa Mammeri, Abane Ramdane – le faux procès, l’auteur fait mention d’un procès-verbal (qui aurait été puisé dans les archives personnelles de Boussouf déposées en Suisse, ndlr), et où ce dernier aurait imposé aux autres membres du CCE d’endosser a posteriori l’assassinat de Abane pour faire croire à une décision collégiale…
Sur ce document, point d’interrogation. Par contre, qu’il l’ait assassiné, ça ne fait pas de doute. Mais sur la responsabilité individuelle, je me pose des questions. Je n’ai pas de réponse.
- Avez-vous des éléments de réponse à propos de ce qu’on reprochait exactement à Abane Ramdane ? Est-ce qu’on était jaloux de lui parce qu’il était brillant ? Est-ce qu’il a payé le Congrès de la Soummam ? Etait-ce une affaire d’ego ?
Il y avait beaucoup de cela. Pour tout dire, Abane ne pensait pas que cette catégorie d’hommes pouvait diriger l’Algérie. Il faut savoir que le premier incident est survenu le 5 juin au sujet d’une conférence de presse qui devait être donnée au Caire. Krim voulait la tenir alors que c’est Abane qui devait l’animer. Ce dernier s’est adressé à Krim en le traitant d’aghyoul (bourricot). Finalement, il a été dévolu à Saâd Dahlab qui était un personnage de second ordre de l’animer. Les deux membres les plus puissants du CCE étaient ainsi aux prises l’un avec l’autre. Et je pense que Krim avait des visées sur le pouvoir depuis toujours, surtout après la Bataille d’Alger.

 

- Donc, vous maintenez que ça n’a pas été une décision exclusive de Boussouf d’éliminer physiquement Abane ?
Non, parce qu’ils étaient trois et ils imputent cela à Boussouf. Or, je sais, d’après Bentobal, que Krim avait projeté d’assassiner Bentobal après cet épisode.  Donc, si tant est que le témoignage de Bentobal soit véridique, Krim voulait éliminer les gens qui se dressaient sur le chemin de son pouvoir. Pourquoi Bentobal ? Parce qu’il supposait qu’étant lui aussi de Mila, Bentobal était un appui pour Boussouf.
- D’après vous, l’assassinat de Abane a-t-il affaibli le CCE ?
Du point de vue politique, c’est sûr.
- Quand on dit qu’il y a un avant et un après-Abane, est-ce une analyse que vous partagez ?
La machine politique a continué à fonctionner. La machine politique, ce n’était pas seulement Abane. Il y avait des hommes de grande qualité comme Ferhat Abbas, comme Abdelhamid Mehri, comme Benyoucef Benkhedda…
- Toujours est-il que Boussouf, après l’assassinat de Abane, semble avoir pris un ascendant sur les autres, vous n’êtes pas de cet avis ? On assure même qu’il terrorisait tout le monde.
Boussouf ne contrôlait que la base du Maroc. Or, la puissance du FLN était plus en Tunisie qu’au Maroc.
- Dans son livre sur le colonel Amirouche (Une vie, deux morts, un testament) Saïd Sadi affirme que c’est Boussouf qui a donné Amirouche aux Français…
Quand je suis arrivé en Tunisie, j’ai entendu cette version. Moi, je suis arrivé au mois de mai 1959 (Amirouche est tombé au champ d’honneur le 29 mars 1959, ndlr) et il y avait cette version qui circulait. Elle a tenu le haut du pavé pendant toute la période de la réunion des colonels. Une opposition faisait rage entre Krim d’un côté, et Boussouf, Bentobal, et Boumediène de l’autre. C’était dans le cadre de ces luttes de pouvoir qu’est sortie cette version. Personnellement, je pense que Boussouf était sans doute quelqu’un de particulier,  mais pas à ce point.
- Après l’indépendance, il a eu une vie discrète. Certains récits affirment qu’il s’est converti en armateur ou vendeur de bateaux. Pourquoi Boussouf a-t-il disparu aussi subitement de la vie publique selon vous ? Il n’a pris aucune responsabilité après 1962 ?
Il ne pouvait pas prendre de responsabilité, personne n’aurait voulu de lui. Même quand
Boumediène était devenu le grand chef, Boussouf a fait une offre de service, mais il n’a même pas été reçu par Boumediène. Vous ne pouvez pas avoir avec vous votre ancien chef qui vous connaît bien. Après, il s’est lancé dans les affaires, il avait un nom et les Irakiens l’ont beaucoup aidé. Il a trouvé de l’aide partout dans le monde arabe.
- Est-ce qu’on a donné, selon vous, sa pleine valeur au Congrès de la Soummam qu’accable par exemple Ali Kafi ?
Je pense que c’est une version contemporaine chez Al Kafi. Je ne lui ai pas connu cette opinion avant. En réalité, chez Ali Kafi, ce n’est pas le Congrès de la Soummam qui posait problème mais plutôt la personne de Abane. Il estime que Abane, ce n’était pas l’homme qu’il fallait. C’est un parti pris, c’est le point de vue d’un clan tout simplement.
- Même les attaques de Ben Bella contre le Congrès de la Soummam ?
C’est la même chose, c’est le point de vue d’un clan. Avec cette différence que lui en a été exclu. A mon avis, cette histoire selon laquelle il ne pouvait pas venir n’est pas crédible. S’il avait participé au Congrès, peut-être que les choses auraient pris une autre tournure. Les clans n’auraient pas eu les mêmes contours. Il faut souligner que la majorité était derrière Krim beaucoup plus qu’elle ne l’était derrière Abane. C’est l’intelligentsia qui était derrière Abane, ainsi que l’ancienne classe politique qu’il a récupérée.
- On approche à grand pas du cinquantenaire de l’Indépendance qui coïncide, à quelque chose près, avec cet éveil des sociétés civiles arabes et maghrébines pour exiger le changement. La Révolution de 1954 n’a pas tenu toutes ses promesses, il y a une grande déception de la part des Algériens qui ont le sentiment que le combat libérateur est resté inachevé. Y a-t-il de la place, d’après vous, pour une nouvelle révolution afin de réaliser les promesses de l’Indépendance ?
Ne parlons plus de révolution, elle est terminée. Les espérances des Algériens ne trouvent pas écho dans le système auquel a donné naissance la Révolution. Les gens qui pensent qu’il faut achever cette révolution devraient réfléchir autrement maintenant.
Il faut tout recommencer. C’est un autre peuple, c’est une autre société. Je ne pense pas que les sociétés puissent se construire durablement indépendamment d’un mouvement d’idées et d’un projet, et c’est ça le problème des Algériens.
- Quand on dit que c’est la même équipe qui gouverne depuis 1962 en termes de filiation en soulignant la structure fondamentalement militaire du pouvoir, Bouteflika qui est issu du groupe de Oujda, vous êtes d’accord avec cela ?
Non, non, il y a eu des recompositions. Il me semble qu’au niveau des dirigeants, ils sont tous pour le changement, mais ils ne savent pas par où commencer parce que le point par lequel on commence décidera de qui va en profiter.

Bio express :

Mohamed Harbi est né en 1933 à El Harrouch, près de Constantine. Dès 1948, il adhère au PPA-MTLD. Il part en France en 1953 pour s’inscrire à des études d’histoire à la Sorbonne. En 1956, il intègre l’UGEMA puis le comité fédéral de la Fédération de France du FLN comme responsable de l’information.
En 1958, il rejoint le GPRA au Caire dès sa création. Il devient le conseiller de Krim Belkacem au ministère des Forces armées, puis au département des affaires étrangères du GPRA. Il est nommé ambassadeur en Guinée (1960-1961). Mohamed Harbi prend part aux premiers accords d’Evian.
Après l’indépendance, il est conseiller du président Ben Bella et participe à l’élaboration du Programme de Tripoli (1962). En 1965, il fait les frais du coup d’Etat de Boumediène et se voit emprisonné pendant cinq ans, puis placé en résidence surveillée.
En 1973, il réussit à s’évader. Harbi vivra en exil forcé jusqu’en 1991. Il se consacre dès lors à l’enseignement universitaire et à son métier d’historien.
Parmi ses nombreux ouvrages : Aux origines du FLN, Le populisme révolutionnaire en Algérie (1975), Le FLN, mirage et réalité (1980), 1954, la guerre commence en Algérie (1984), L’Algérie et son destin, croyants ou citoyens (1993), Une vie debout, Mémoires (2001), Le FLN, documents et histoire 1954-1962 (2004, avec Gilbert Meynier).
 

 

Glossaire :

n L’OS : L’Organisation spéciale. Bras armé du PPA-MTLD créée en 1947. Son premier chef était Mohamed Belouizdad, avant d’être remplacé par Hocine Aït Ahmed. Elle sera démantelée en 1950 suite à l’arrestation de Ben Bella.

n Le CCE : Comité de coordination et d’exécution, organe créé par le Congrès de la Soummam. C’est l’instance exécutive du CNRA, le Conseil national de la Révolution algérienne.
n Le MALG : Ministère de l’Armement et des Liaisons générales.
Premier appareil de renseignement militaire algérien, le MALG était le service de renseignement attitré de l’ALN. I
l est couramment présenté comme l’ancêtre de la police politique en Algérie. Il était dirigé par Abdelhafidh Boussouf.

n Le MNA : Mouvement national algérien. Parti créé par Messali Hadj en 1954 avec pour objectif de faire échec au FLN.
Des luttes fratricides feront rage entre les deux factions, notamment au sein de l’émigration.  

- L’Affaire Mellouza : Elle fait référence au massacre, dans la nuit du 28 au 29 mai 1957, de plusieurs affidés du «général Bellounis», chef des troupes du MNA, par des commandos de l’ALN dans les hameaux de Mellouza, Béni Ilmane et Mechta-Casba, dans la wilaya de M’sila, réputés être des fiefs messalistes. On évoque le chiffre de 300 hommes tués.

- L’Affaire de la « Bleuite » : Par allusion aux «bleus de chauffe», des auxiliaires algériens retournés par l’armée coloniale contre le FLN dans La Casbah durant la Bataille d’Alger.
Elle renvoie à une purge perpétrée à partir de 1958 dans les rangs de l’ALN suite à une grosse opération d’intox et de guerre psychologique menée par les services secrets français visant à faire croire à l’existence de traîtres dans les maquis de la Wilaya III. Longtemps on a imputé ces purges au colonel Amirouche, une version que réfutent ses compagnons d’armes.

- Décret Crémieux : Il s’agit du décret promulgué le 24 octobre 1870 qui octroie d’office la nationalité française aux israélites indigènes d’Algérie.

L’ex-futur parti de Said Bouteflika absent des consultations sur les réformes

Les consultations concernant les futures réformes politiques et institutionnelles menées par le président du Conseil de la Nation, Abdelkader Bensalah, devaient réunir en principe toutes les composantes politiques du pays. Mais le Rassemblement pour la concorde nationale (RCN), n’a pas été invité à y participer. Certes, le RCN n’a pas encore reçu l’agrément des autorités. Mais il souhaitait être convié à ces consultations, comme le sont par exemple certaines personnalités politiques non affiliées à des partis. 

Dans une lettre adressée à Abdelkader Bensalah, datée du 23 mai et dont TSA a eu une copie, le secrétaire général du parti, Ahmed Haboussi, demande ainsi à être reçu pour présenter les propositions du RCN. « Nous souscrivons dans cette dynamique et (…) nous souhaitons enrichir le débat sur la mouture constitutionnelle », écrit Ahmed Haboussi qui précise que le RCN est présent dans 46 wilayas.

Cette absence du Rassemblement pour la concorde nationale a ceci d’étonnant que, créé en 2009, ce parti a été présenté comme devant servir de tremplin au frère du président de la République, Saïd Bouteflika. Ainsi, le 21 décembre dernier, le président du RCN, Sid Ahmed Al Ayachi, annonçait dans une interview au quotidien El Djazaïr News qu’il soutiendrait le frère du président si celui‑ci décidait de se présenter à la prochaine présidentielle de 2014 (lire). « Nous ne voyons que Saïd Bouteflika, qui a des qualifications scientifiques et a acquis une expérience politique, pour conduire la prochaine période. Si son frère Abdelaziz ne se présente pas, Saïd sera celui que nous soutiendrons et nous serons derrière sa candidature », avait‑il affirmé à l’époque. Il avait ensuite modéré son enthousiasme, ses propos ayant visiblement embarrassé le principal intéressé.

Ainsi, on peut penser que le RCN ne risquait pas d’être un interlocuteur gênant pour le président du Sénat dans le cadre de ces consultations. Son absence s’explique‑t‑elle donc par une simple question de procédure, le RCN n’étant pas encore agréé ? S’agit‑il d’un oubli? Ou se peut‑il qu’elle illustre également une volonté de tourner la page d’une éventuelle succession de Saïd Bouteflika à son frère, qui risquerait d’être difficilement acceptée avec les changements survenus dans le monde arabe depuis le début de l’année.

Maitre Bouchachi decline l’inviation de Ben Salah

Le président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (Laddh), Mostefa Bouchachi, a décliné ce mardi 24 mai l’invitation de la commission de consultations d’Abdelkader Bensalah autour des réformes politiques. « J’ai reçu une invitation de la commission Bensalah. Je lui ai envoyé une lettre aujourd’hui même pour décliner l’invitation », a indiqué Me Bouchachi dans une déclaration à TSA.

Le président de la Laddh rejette en fait la forme et le fond du dialogue entamé samedi dernier à la Présidence de la République autour du processus de réformes politiques annoncé par Abdelaziz Bouteflika. Pour lui, le peuple algérien devrait être consulté pour la mise en place d’un quelconque dispositif de consultations. Aussi, la commission présidée par Abdelkader Bensalah n’a pas, selon lui, les prérogatives nécessaires pour exécuter les résolutions des consultations. Me Bouchachi rappelle également que le problème ne réside pas dans les textes de loi mais dans leur application et que leur changement ne mettra pas fin à la crise dans le pays.

Algérie : Le Pouvoir multiplie les poursuites judiciaires contre les jeunes militants de la LADDH

 

Algérie : Le Pouvoir multiplie les poursuites judiciaires contre les jeunes militants de la LADDH dans droit de l'homme l9-150x74

 

 Le harcèlement et les brimades des autorités à l’encontre des militants défenseurs des droits de l’Homme en Algérie ne cessent de prendre des proportions alarmantes. Pour preuve, Omar Farouk Slimani, membre du bureau de la LADDH de la Wilaya de Laghouat (350 km au Sud d’Algérie) doit comparaitre devant le tribunal Laghouat aujourd’hui, mardi, souligne un communiqué de la LADDH rendu public lundi après-midi.

Farouk est poursuivi pour le délit d’attroupement non armé, agression avec violence sur les agents de la force publique selon les articles 98 et 148 du Code pénal, indique-t-on. «Le jeune Farouk a été arrêté lors d’un contrôle d’identité le vendredi 7 janvier 2010, au moment des émeutes de la jeunesse qui ont touché l’ensemble du territoire national début janvier 2011.

Le gendarme qui l’avait interpellé, l’avait conduit dans les locaux de la gendarmerie de la ville après avoir vu que Farouk était en possession d’une carte d’adhésion de la LADDH», précise encore le communiqué selon Farouk ne sera libéré qu’après «48 heures de garde à vue et une présentation devant le juge d’instruction» ! Cinq mois après sa mésaventure, Farouk découvre qu’il est poursuivi en justice avec vingt autres jeunes arrêtés lors de ces événements.

Face à cette nouvelle dérive judiciaire, «la LADDH s’interroge sur la nature de ce procès alors même qu’il était évident que Farouk a été arrêté seule, loin des événements, et sa qualité de militant de la LADDH a été dument prouvée», rapporte le communiqué de l’organisation présidée par maître Bouchachi. La LADDH dénonce aussi «la poursuite de l’action judiciaire contre des jeunes arrêtés lors des événements de janvier dernier». Des actions judiciaires qui sont «en contradiction avec l’annonce faite par le Président de la république lors d’un conseil des ministres tenu en février dernier, concernant l’abondant des poursuites judiciaires contre les jeunes poursuivis pour leur participation aux émeutes de janvier», explique enfin le communiqué de la LADDH.

Amine Malik

Algérie : De nouveaux partis seront accrédités en automne

Le ministre de l’intérieur et des collectivités locales a informé les personnalités politiques souhaitant créer un parti que leurs dossiers seraient relancés à l’automne prochain après la promulgation de la nouvelle sur les partis, et a réfuté avoir l’intention de recevoir un quelconque parti politique pour des « consultations ». Les titulaires des 42 dossiers de nouveaux partis politiques déposés au ministère de l’intérieur devront les reformuler afin qu’ils soient conformes à la nouvelle loi sur les partis qui doit être promulguée lors de la prochaine session d’automne du parlement, afin de pouvoir obtenir du ministère de l’intérieur une réponse, l’accréditation ou bien le refus.

Le ministre de l’intérieur Daho Ould Kablia a précisé hier que l’accréditation des nouveaux partis se fera sur la base de la nouvelle loi sur les partis. « La révision prévue de la loi sur les partis prendra en considération le durcissement des conditions d’octroi de l’accréditation, pour permettre d’instaurer la représentation populaire de toute personne voulant former une entité politique », a déclaré Ould Kablia a il y a quelques jours expliquant les principaux axes de la loi attendue sur les partis.

Il a souligné que la nouvelle loi «permettra d’accréditer des partis politiques jouissant d’une réelle représentation». « je ne recevrai pas les représentants des partis et des associations » a assuré Ould Kablia répondant à la question de notre confrère El Khabar en marge de sa présentation devant le sénat du nouveau code communal, de savoir si sa correspondance adressée récemment aux partis politiques pour qu’ils lui soumettent leurs propositions sur les lois sur les élections et les partis, signifiait leur invitation à des consultations, ajoutant que « nous leurs avons adressée une correspondance mais nous ne les recevront pas ». Il a donc réfuté la rumeur selon laquelle son ministère a l’intention de tenir des consultations en parallèle de la l’instance de Abdelkader Bensalah.

RAF avec El Khabar

IL SERA DÉBATTU AUJOURD’HUI AU SÉNAT:le blocage guette le code communal

Les débats sur le projet de Code communal ont repris, hier, lors de la séance plénière du Conseil de la nation. Les travaux vont s’étaler jusqu’au 25 du mois en cours. Le Code suscite la discorde entre les partis de la coalition présidentielle donnant lieu à des divergences multiples même en dehors de cette alliance qui font que le projet pourrait être bloqué au Sénat. Aux yeux de la loi, seul le chef de l’Etat est habilité à demander la deuxième lecture du projet de Code communal ou s’abstenir de signer la loi. Avant-hier, El Islah a demandé le retrait du Code communal. Le président de cette formation, Djamel Ben Abdeslam a confié à la fin de l’audience avec le président de la Commission consultative, qu’il avait demandé le retrait du code en raison de l’amendement apporté par le FLN à l’article 69. Le projet de Code communal est actuellement au niveau du Conseil de la nation. Toutefois, eu égard à la fonctionnarisation du poste de maire, on ne voit pas l’intérêt de focaliser sur un poste sans véritable enjeu politique.
Cependant, l’enjeu aurait été énorme et aurait expliqué une telle tentative de modifier l’élection du maire si celui-ci avait eu effectivement des prérogatives politiques. Le FLN a réussi un véritable coup de force en faisant adopter un amendement oral qui a été introduit à la dernière minute.
Cet amendement a provoqué des dégâts puisque les députés du MSP ont boycotté le vote du projet qui a été avalisé sans difficulté par l’Assemblée populaire nationale. Les prochaines élections locales auront lieu en 2012.
Par ailleurs, les consultations sur la refonte des textes législatifs relatifs au régime électoral et aux partis politiques, de la place de la femme dans les assemblées élues, du mouvement associatif, du Code de wilaya et de la loi organique relative à l’information, vont bon train.

Mohamed BOUFATAH

PROTESTATIONS À TIZI OUZOU CONTRE LES ENLÈVEMENTS :greve générale suivie à 100 %

Une requête sera remise au wali pour l’alerter sur l’inquiétante dégradation de la situation sécuritaire dans la wilaya.

La ville de Tizi Ouzou était hier une ville fantôme durant toute la journée. La grève générale à laquelle a appelé la Coordination des comités de villages de Béni Douala a eu un large écho auprès de la population. Toute l’activité était à l’arrêt dans la cité des Genêts. Dès les premières heures de la journée, les allées et trottoirs vides donnaient l’impression que le temps s’était arrêté et la ville était figée, pour la journée. La grève a été suivie à 100%. Tous les commerçants ont baissé rideau. L’avenue Abane Ramdane, axe principal de la ville, habituellement grouillante de monde, était quasiment déserte. En fait, toutes les artères étaient vides. Les piétons qui circulaient difficilement les autres jours étaient rares. L’on ne pouvait voir que de rares passants visiblement des voyageurs qui ont dû transiter par la ville. Même les automobilistes n’étaient guère nombreux à venir en ville.
En effet, les commerçants étaient unanimes dans ce mouvement de solidarité avec les familles des victimes. Chacun de nous est une proie potentielle pour les kidnappeurs. Tout le monde est concerné, semblait étre le mot d’ordre partagé unanimement par l’ensemble de la population. Un fait qui explique que l’appel de la coordination spontanément constituée après l’enlèvement du jeune Bilek à Béni Douala et de Hammour à Mechtras quelques jours plus tard, soit aussi suivi. Au sujet de la grève, justement, les initiateurs affirmaient que cette action n’est qu’un prélude. La grève n’était qu’une espèce de sondage du degré de solidarité des populations. C’est aussi le passage à la vitesse supérieure. Alors que les actions précédentes étaient locales, celle d’hier s’étendait au chef-lieu de wilaya. A Béni Douala, les populations ont déjà largement manifesté leur adhésion aux actions de la Coordination des comités de villages. Des marches, des sit-in et des appels aux ravisseurs ont déjà été lancés. La grève d’hier, selon les proches des victimes, est un signal fort que les populations de la wilaya de Tizi Ouzou ne sont pas prêtes à céder au chantage ou à abdiquer devant le banditisme. Dans les jours qui viennent, le taux de suivi l’indique si bien, les actions seront élargies à toutes les communes de la wilaya.
Les mêmes voix affirmaient hier qu’une réunion est attendue aujourd’hui avec le wali. Une requête lui sera remise pour alerter les pouvoirs publics sur l’inquiétante dégradation de la situation sécuritaire dans la wilaya de Tizi Ouzou. Dans les prochains jours, des contacts seront établis entre la Coordination des comités de villages de Béni Douala et ceux de Mechtras en vue de coordonner des actions de plus grande envergure. Cette propension à l’élargissement du cadre des actions se trouve d’autant plus confortée par la grande solidarité affichée par les autres communes.
En effet, les citoyens rencontrés hier exprimaient leur entière solidarité avec les familles des victimes et se disaient prêts à répondre aux appels de la Coordination des comités de villages de Béni Douala et de Mechtras. rappelons dans le même sillage, que toute la classe politique locale partage l’inquiétude des populations qui font face à ce phénomène depuis 2006. Ce sont en effet pas moins de 64 personnes qui ont été enlevées durant cette période. Les ravisseurs visent essentiellement les entrepreneurs, les commerçants, les opérateurs et même des citoyens qui affichent une certaine aisance. Le nombre pourrait être plus grand car ce ne sont pas toutes les victimes qui en parlent. D’autres, affirment certaines sources, auraient payé des rançons pour leur libération mais dans le secret. L’omerta aura surtout régné durant les premières années. Ce n’est que ces derniers temps que les populations victimes, excédées, ont commencé à réagir face au diktat de cette forme de banditisme. L’appel aux différentes formes de solidarité ancestrale a suivi avant de voir des villages entiers refuser de céder au chantage. Cela a commencé à Iflissen lorsque les populations ont décidé de ne pas payer de rançon et de s’opposer aux ravisseurs par tous les moyens et même par les armes. La victime, un commerçant, avait été relâchée sans condition.

Kamel BOUDJADI

INSÉCURITÉ, RAPTS ET RACKET : La kabylie en otage

Rien n’a changé sur le plan sécuritaire. Les habitants de la région l’ont bien compris. Livrés à eux-mêmes, ils décident de combattre à mains nues ceux qui sèment la terreur et la mort.

«Nous allons ramener Mourad Bilek sain et sauf et sans payer la moindre rançon», crient les personnes rassemblées à Beni Douala, Beni Aïssi, Aït Mahmoud, Beni Zmenzer, lors d’une grève observée à travers les quatre communes de cette daïra. «Stop aux kidnappings. Libérez Mourad», c’est ce que demande toute une région d’une seule voix.
Sur un ton agressif et déterminé: «Le kidnapping frappe une nouvelle fois. Tue une seconde fois. Je suis horrifié. Je ne sais plus comment qualifier les auteurs de ce crime. Y en a marre. Laissez-nous tranquilles», a crié Mohand, présent sur les lieux de la découverte du cadavre de la fille de 16 ans enlevée la veille. Originaire de Chaïb, portée disparue depuis qu’elle a quitté son domicile le matin, son cadavre a été retrouvé dans un oued, à proximité de la commune d’Aghribs, à une trentaine de kilomètres à l’est de Tizi Ouzou. Au même moment, deux autres jeunes ont été kidnappés en l’espace d’une semaine dans la même wilaya. L’un d’entre eux, est un jeune entrepreneur de Mechtras, à 35 km au sud de Tizi Ouzou kidnappé samedi dernir près de son domicile.
L’autre, Mourad Bilek, le frère d’entrepreneurs aisés, a été enlevé le mercredi 11 mai au soir, sur la route de Beni Douala, précisément à Tala Bounane. Tous deux demeurent séquestrés et sans nouvelles depuis. Tous deux, s’ajoutent ainsi à cette longue liste de victimes de kidnappings, d’attentats, d’embuscades, d’assassinats, de faux barrages, d’enlèvements,… en un mot, de la terreur. Ils portent ainsi leur nombre à 63 personnes enlevées depuis 2005, date de l’apparition de ce phénomène qui se concentre essentiellement autour de quatre wilayas du centre du pays: Tizi Ouzou, Boumerdès, Béjaïa et Bouira. Il s’ajoute au terrorisme qui y règne déjà depuis qu’Al Qaîda au Maghreb islamique (Aqmi), a envahi cette région.
Contrairement à ce qu’annoncent les services de sécurité, le phénomène n’a fait que prendre de l’ampleur. Il a pris les allures d’un vrai business. De l’argent à n’importe quel prix!

Une délégation d’Ath Douala chez le wali

Abdelkader Bouazghi, wali de Tizi Ouzou, recevra, aujourd’hui, lundi, dans son bureau, une délégation de la coordination des comités de villages d’Ath Douala, a-t-on appris hier de sources sûres. La délégation comprendra les représentants des villages des communes d’Ath Douala, Ath Mesbah, Ath Zmenzer et Ath Aïssi ainsi que des membres de la famille de Bilek Mourad. Notre source n’a pas précisé si la délégation comprendra des représentants de la région de Mechtras également concernée par le problème des enlèvements puisque l’un des leurs est toujours en captivité, en l’occurrence Hamour Ali.

Aomar MOHELLEBI

Bien sûr, dans ce business qui prospère à une vitesse vertigineuse, chaque groupe se taille une part. Terroristes, criminels, trafiquants, voyous et bandits de toutes espèces, tout le monde apporte sa pierre pour instaurer un vrai climat de terreur. Les victimes, quant à elles, n’ont pas vraiment le choix. «Soit elles paient, soit elles meurent».
Pourtant, après le démantèlement par les services de sécurité du groupe présumé auteur de l’assassinat de l’entrepreneur Hend Slimana et l’enlèvement de son cousin Omar, dans la commune d’Aghribs, un semblant de sérénité commençait à se profiler à l’horizon des populations de cette région.
Pour rappel, le procureur général près la cour de Tizi Ouzou, a annoncé le mois de février dernier, lors d’une conférence de presse animée au siège de cette même instance, que les membres du groupe auteur présumé des kidnappings en Kabylie sont placés sous mandat de dépôt. Pour les services de sécurité, il s’agissait d’annoncer l’arrestation des auteurs des nombreux enlèvements ayant visé essentiellement des entrepreneurs et autres industriels de la région de Kabylie.
Ce n’est qu’après 60 kidnappings enregistrés dans la wilaya de Tizi Ouzou depuis l’apparition de ce phénomène, que les services de sécurité mettent pour la première fois la main sur des malfaiteurs, présumés auteurs des différents rapts et enlèvements.
Nombre de ces kidnappings se sont soldés par le paiement de fortes rançons. Mais la mobilisation de la population a fini par payer, puisque les derniers rapts se sont soldés par la libération des otages sans versement de rançon. Pour les populations de Kabylie, il s’agissait de tourner la page de la terreur et d’amorcer une vie normale. Ce groupe démantelé est spécialisé dans les kidnappings et les faux barrages. Il sévissait dans la partie nord-est de la wilaya de Tizi Ouzou, selon les affirmations du procureur général.
Avant lui déjà, en mai 2007, l’ex-ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, indiquait que les autorités algériennes avaient recensé 375 rapts au cours de l’année 2007: 115 liés au terrorisme et 260 au droit commun. A l’époque, «ces rapts avaient rapporté à leurs auteurs la bagatelle de 6 milliards de dinars», avait-il précisé.
Décembre 2011, c’est au tour du président de l’Assemblée populaire de la wilaya (APW) de Tizi Ouzou, Mahfoud Belabbas, d’interpeller le ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, au sujet «de la récurrence des actes de kidnapping et de l’insécurité de manière générale», dans cette région. «Même si l’ex-ministre Zerhouni n’avait pas répondu à notre interpellation, lors du débat général sur la situation sécuritaire engagé par notre assemblée, nous allons revenir à la charge en saisissant l’actuel ministre de l’Intérieur», a déclaré M. Belabbas au cours d’une conférence de presse animée à Tizi Ouzou. «L’insécurité grandissante et l’aggravation des enlèvements d’opérateurs économiques endeuillent des familles entières et découragent l’investissement», a-t-il soutenu.
Au mois de mars, le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Daho Ould Kablia, accompagné du directeur général de la Sûreté nationale, le général-major Hamel Abdelghani, a fait un état des lieux de la situation sécuritaire à la lumière des données fournies.
Le directeur général de Sûreté nationale a annoncé une série de mesures de renforcement de la sécurité par l’affectation de policiers supplémentaires, et bien d’autres décisions. Tout compte fait, rien n’a changé sur le plan sécuritaire. Les habitants de cette région l’ont bien compris. Livrés à eux-mêmes, ils décident de combattre à mains nues ceux qui sèment la mort et la terreur.
Car, pour eux, la mobilisation des citoyens est le seul choix qui est laissé aux familles des victimes dans l’espoir de faire plier les ravisseurs en libérant l’otage sans la moindre rançon.
En novembre dernier, Omar Slimana et un autre commerçant enlevé quelque mois avant lui, ont été libérés sans paiement de rançon, après neuf jours de captivité grâce au soutien de la population.
Aujourd’hui, ce sont tous les villages de la Kabylie qui se sont mobilisés pour libérer ces deux jeunes qui demeurent séquestrés par leurs ravisseurs.

Idir TAZEROUT

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